L'APPEL DU SAUVAGE
16 juin 2002 - Mail on Sunday
Interview de Celia Walden (traduite de l'anglais
par Marie Lagache)
Enfant, Morten Harket, chanteur du groupe a-ha, était
fasciné par les insectes et les plantes. Mais à l'âge de 16 ans, sa passion est
devenue la musique.
Je suis né dans une petite ville minière qui s'appelle Konsgberg, dans les
hauteurs des montagnes norvégiennes, et c'est là que j'ai passé 5 ans de ma vie.
Comme beaucoup d'endroits en Norvège, c'est très rural et nous étions loin de la
grande ville la plus proche.
J'ai été fasciné par les plantes et les insectes quand j'étais petit, sans doute
parce que je n'étais pas grand - à cette hauteur, je pouvais mieux les étudier..
J'ai un frère plus âgé que moi et 3 plus jeunes. Ils n'arrêtaient pas de venir
et je n'ai jamais compris comment. Comme tous les frères, on se battait tout le
temps, mais ce n'était pas grave. C'est avec beaucoup de tendresse que je
repense à cette période - tous les 5, on s'est tellement bien marrés...
Mon affection changeait tout le temps de cible : une semaine, un de mes frères
était comme mon meilleur ami et la personne avec qui je voulais passer tout mon
temps, et la semaine d'après j'avais tourné mon affection sur un autre. Ils sont
tous très différents et je reste néanmoins proche de chacun d'eux.
Dans une maison avec 5 enfants, mon père était le chef de la famille, alors que
ma mère était là pour nous toute la journée et restait à la maison pour
s'occuper de nous. Mon père était un médecin, et bien qu'il devait beaucoup
voyager pour son travail, il était toujours très présent. De mes parents, mon
père était l'incarnation de la discipline. Je me souviens avoir eu peur de lui,
mais d'une façon positive. Je voulais vraiment lui plaire.
Quand j'ai eu 5 ans, j'ai appris à jouer du piano. J'étais passioné par le piano
jusqu'au jour où ma mère m'a imposé des leçons. Du moment où je me suis assis au
piano avec un professeur, mon amour pour la musique est mort.
J'ai pris des leçons pendant 5 ans, mais n'ai rien appris du tout. je ne voulais
pas heurter mes parents, donc je leur ai jamais dit que je détestais ça. Après
ces 8 années, j'étais toujours incapable de lire la musique. Je mémorisais les
morceaux de musique ou je copiais ce que mon professeur faisait. Un jour, il a
enlevé la partition pendant que je jouais. Comme je connaissais le morceau par
coeur, j'ai simplement continué - ma ruse était découverte.
Je me souviens de mon premier coup de foudre. J'étais en train d'attendre chez
le dentiste quand une fille de mon âge est entrée. Ses cheveux étaient
magnifiques, dorés et ondulés. j'avais envie de les toucher. J'étais
complètement sous le charme bien que je n'ai jamais eu le courage de lui parler,
elle m'est restée en mémoire pendant longtemps.
J'étais un solitaire quand j'étais enfant. Je ne jouais jamais au football avec
les autres garçons et mon intérêt dans les choses inhabituelles m'éloignaient de
mes camarades. J'étais complètement fasciné par les insectes et plus
particulièrment par les papillons. Je passais des heures à les examiner.
Mais malgré mes passions un peu bizarres, j'étais plutôt un enfant sauvage, je
devais tout expérimenter par moi-même. Il n'y a rien que je détestais le plus
qu'on me dise ce que je devais faire, parce qu'en fait je sentais que j'étais né
avec une connaissance supérieure.
En regardant en arrière, je m'aperçois que j'aurais dû être aidé. Mes bulletins
scolaires me décrivaient comme étant paresseux, trop bavard et trop dans la
lune. C'est vrai que j'ai souffert d'un manque de concentration. Je vivais dans
un monde irréel parce que les cours ne m'intéressaient pas, et je refusais le
sens du devoir au lieu d'un réel désir de bien faire. I intégré l'école et j'ai
réussi mes examens.
Je ne suis pas resté longtemps. Dès que je suis arrivé, le besoin de faire de la
musique, qui avait été là depuis l'âge de 16 ans, s'est finalement encré en moi.
Jusqu'à cet âge, je n'avais aucune idée que la musique pop existait. J'avais
tellement eu une enfance décallée que je n'avais même pas entendu parler des
Beatles.
Aujourd'hui, ça semblerait impossible de rester
complètement en dehors de la musique contemporaine. Elle est partout : dans les
bars, les ascenseurs et les magasins. Mais là où nous habitions, nous n'avions
même pas un supermarché.
Ma formation musicale a commencé quand mon cousin est revenu d'Angleterre avec
un album de Uriah Heep. C'était la première fois que j'entendais quelque chose
qui n'était pas de la musique classique, et j'ai su soudainement ce que je
voulais faire ; Je serais un chanteur et je deviendrais populaire. Je savais et
on m'avait souvent répété, que j'avais une jolie voix, mais je crois
véritablement que la capacité à chanter réside plus dans le sang que dans
les cordes vocales. J'ai commencé à écouter beaucoup d'artistes différents
pour savoir quel son je voulais atteindre.
Je n'ai jamais parlé de mon ambition à mes parents mais quand j'ai abandonné
l'université, mon père m'a demandé directement ce que je comptais faire de ma
vie - alors je lui ai dit. Il n'était pas satisfait de ma décision et
n'arrêtait pas de me demander pourquoi et ce que j'espérais accomplir.
Finalement j'ai trouvé une réponse qui l'a cloué ‘Papa je veux juste gagner
beaucoup beaucoup d'argent.’ Il ne m'a jamais requestioné à ce sujet.
Bien sûr ce n'était pas la seule raison, bien que l'idée d'être riche et
reconnu était très excitante. Mais j'avais pris ma décision et c'était comme
ça.
Pour plusieurs raisons, je n'ai jamais douté que a-ha aurait du succès. On
était de bons musiciens et nous comptions sur notre talent donc j'attendais
avec impatience le jour où nous allions jouer notre musique dans le monde
entier.
A la fin de l'année 1983, notre gros coup est arrivé : nous avons signé notre
premier contrat. Evidement nous étions surexcités, mais nous sommes restés
très terre à terre, conscients que se mettre réellement au travail et avoir
du succès serait un vrai challenge. Mais il y a eu des moments où c'était
difficile de ne pas être dépassé par tout ce qui nous se passait autour de
nous. Nous étions submergés par les questions de la presse, mais nous avons
refusé d'alimenter la presse avant que nous ayons créé quelque chose.
Je pense que le fait d'avoir une forte identité
m'a aidé à gérer tout ça. Je crois que tout ce que nous apprenons dans la vie
reste en nous, enfoui au plus profond de nous mêmes.
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