
Sarai Leon, journaliste, membre de la mailing liste internationale sur a-ha, a
récemment eu la chance de rencontrer et d’interviewer Morten quand elle se
trouvait à Oslo. Jetons un coup d’œil pour voir qui se cache derrière ce sourire
et cette merveilleuse voix. (Nous avons obtenu l’autorisation de diffuser les
images et l’interview)
14 juin 1999 : Je suis arrivée au Café Clodion près de la rue Thomas Heftes et
de Bygdoy allee à 15h27. Une fois à l’intérieur, cette femme est venue vers moi
et m’a demandé si j’étais la journaliste mexicaine qui devait interviewer Morten
à 15h30. Elle m’informe ensuite qu’il ne pourra pas être là à 15h30, mais qu’il
me verrait à 18h. Mon interview commence plutôt mal, mais j’ai assez de temps
pour aller en centre ville et manger un kebab avec Rigmor, la personne qui
me loge à Oslo. « Pas d’oignons s’il vous plait ! » Je retourne au Clodion à
17h50 et m’installe à une table en bas pour attendre Morten. Il y a trop de
monde en haut et je me demande si je vais réussir cette interview car en fin de
compte, il y a beaucoup de bruit. Il arrive à 18h15 avec Sverre Flatby et se
présente « Salut. Morten » Et voilà, il est temps de commencer….. ooops ? Mon
ami vous a t’il dit quelle genre de journaliste je suis ? Il ne l’a pas fait,
bon voyons ce qui va se passer…
Sarai Leon : En tant que journaliste chrétienne je serais intéressée de savoir
si vous avez une culture chrétienne. Que pouvez-vous me dire à ce sujet ?
Morten Harket : Une culture chrétienne ?
SL : Comment la décririez vous ?
MH : On me l’a demandé tellement de fois que je ne parle plus de religion avec
les médias parce que je ne crois pas qu’ils peuvent rendre cela accessible au
public. La foi est quelque chose de personnel, c’est privé et ça doit le rester
et ensuite c’est une question sur votre niveau d’implication dans la communauté.
Il y a beaucoup de choses qui peuvent démontrer ce que vous pensez, et je ne
crois pas je sois en position de prêcher sur mon point de vue ou du point de vue
que j’ai sur les gens. Je crois vraiment que c’est en chaque individu et qu’il
faut essayer d’ouvrir ses sens vers le monde.
(Son portable sonne) Il ne répond pas…
Je ne crois pas que c’est mon rôle de promouvoir mes croyances mais je dois
plutôt être juste moi-même, une personne qui a ses opinions, ses propres
expériences avant la vie elle même. Je crois aussi que chaque individu, tout le
monde peut se réveiller et se révéler, non pas par la prière mais en ayant
conscience de ce qu’il peut devenir ou améliorer… C’est très bruyant ici…même
pour penser… pour s’améliorer en tant qu’être humain, pour mieux se connaître et
connaître ce que nous possédons, ce que nous sommes, ce qui nous compose, ce
dont nous sommes fait. Je crois que c’est très important, c’est important dans
une démocratie où l’on attend que les gens s’impliquent. C’est très important
que les gens s’impliquent réellement, et je crois que cela n’est pas simplement
nécessaire, je crois que c’est une obligation que tous les hommes vivant en
démocratie soient des êtres humains vifs et de ne pas vivre comme s’ils n’en
avaient rien à faire avec le reste de la masse… vous savez, dans une sorte de
groupe. Je suis contre les groupes dans la plupart des situations, ce qui est
intéressant parce que je joue devant des foules et je me tiens devant eux à la
télévision ou sur scène, mais la foule c’est un phénomène particulier où les
individus communient et forment un autre être qui se comporte, dirige, parle et
bouge différemment des autres, de tous les autres. Elle devient un être humain à
part entière. C’est un être de masse, il n’a pas de tête, il n’a pas de raison,
il n’est pas rationnel. Il a des pulsions. C’est pourquoi je me méfie de la
foule. Les foules sont dangereuses et peuvent être très puissantes. Elles n’ont
pas de morale. Elles sont d’une manière un peu fragile contrôlées par la
moralité des gens la composant, mais il est très difficile pour chacun de se
faire entendre dans une foule. C’est un état très instable… et toutes les foules
sont très instables, très volatiles et peuvent se retourner contre n’importe
qui, n’importe quand, c’est une pulsion et les médias sont friands de cela. Je
me méfie aussi des médias, et en tant que Chrétien et pratiquant j’en ai aussi
très peur. Par exemple je suis contre les télé-évangélistes, parce qu’ils jouent
avec vous, ils utilisent des moyens pour atteindre les gens qu’ils ne contrôlent
pas et ils ne savent pas qui est derrière tout ça. Cela m’inquiète beaucoup et
je pense qu’en général (ça veut dire dans tous les cas) mais en général que
prêcher devant les gens exige et demande une certaine discipline de la part de
tout le monde, et c’est peut être contradictoire mais cela doit être une
expérience ouverte et libre, mais celà demande une certaine discipline de
travailler dans une église qui fonctionne selon une discipline établie depuis
des années, voire des siècles, pas une discipline au sens stricte du terme, mais
une discipline qui doit être contrôlée. N’importe qui peut faire une messe et
peut prêcher comme un prêtre devant des gens assis là qui vous écoutent, mais
c’est trop stricte et les gens s’ennuient, cela ne les atteint pas. Ensuite,
beaucoup de Chrétiens sortent de l’église et veulent prêcher dans les rues,
n’importe où, ce qui est bien car vous rencontrez les gens en chair et en os. Je
pense que ça fonctionne , c’est une chose naturelle, mais je suis contre ceux
qui utilisent les médias pour ça.
SL : Parce que c’est une obstacle de rencontrer les gens en chair et en os ?
MH : Parce qu’il y a d’autres forces en jeu que vous ne maîtrisez pas, elles
sont actives et pas nécessairement bonnes pour tout le monde. Ce sont des forces
très puissantes, et je ne parle pas nécessairement de bien ou de mal même si je
pense que je connais ces forces, je vois en elles ce que je fais. Le plus
intéressant pour moi…mon rôle n’est pas d’être leader en tant que tel. Mon rôle
est d’être un moyen d’expression pour autre chose.
SL : Que pourrait être cette « autre chose » ?
MH : Je pourrais être un filtre, n’importe quoi, un catalyseur pour chaque
individu, ils ont tous plus ou moins besoin de la même chose, ce sont des âmes
et des esprits si l’on peut dire…mon rôle, mon métier…la foule peut être aussi
mon catalyseur, celui de la musique si cela fait un bon équilibre. Puis, ils
sont merveilleux. Je pense que l’on ne craint rien de l’adoration et de
l’adulation. Les médias amplifient tout cela, mais cela représente énormément
pour beaucoup de gens parce que c’est une chose personnelle. Ca a de la valeur
pour moi et le fait qu’ils commencent à idolâtrer n’importe quel chanteur,
compositeur ou n’importe qui, mais c’est naturel, et je pense que les fans entre
guillemets sont sains d’esprits dans l’ensemble. Cela deviendra malsain pour
certaines personnes mais il y en aura toujours, mais en général je ne crois pas
que cela le soit. Je pense que si les gens sont des catalyseurs, si ce sont
aussi des êtres humains, c’est une bonne chose. L’autre chose qui a de
l’importance c’est le fait de recevoir tout ça. C’est interactif cela vous fait
prendre conscience de votre personnalité, de ce que vous êtes en tant qu’esprit.
Et la musique et les films peuvent faire tout ça. Parce que vous dites toujours
quelque chose, faites toujours référence à quelque chose, vous donnez toujours
des exemples, nous le faisons tous, et je le fais depuis longtemps maintenant.
C’est bien plus précis. Mais cela ne signifie rien de plus, et la plupart des
gens savent que si je me comporte mal, ils le voient et se font leur propre
opinion et changent d’avis, et si je donne l’exemple et qu’ils y répondent
positivement, cela les rassurent.
SL : Avez-vous parfois souffert de cette adulation ou adoration ?
MH : J’en ai souffert car c’est très bruyant et qu’il n’y a pas de vraie
communication, cela n’a aucune valeur. Vous ne pouvez rien en faire, vous ne
pouvez pas vous en servir vraiment, parce que c’est une communication
unilatérale, mais c’est pas ça du tout, c’est une sorte de réponse à…
SL : Juste une réponse à un stimulus ?
MH : Oui ! C’est ça. Et je ne vois pas quoi en faire si ce n’est rien !
[Interruption, la face A de ma cassette est déjà terminée, le temps a-t-il passé
si vite ?]
J’ai besoin de m’occuper de mes propres affaires d’une certaine manière, j’ai
besoin de faire ce que je suis censé faire. Je suis un artiste et j’ai aussi une
vie privée. Et l’adulation et l’idolâtrie ne me servent à rien. J’ai donc besoin
de laisser les choses se faire, mais je m’en sers pour faire autre chose quand
j’en ai l’occasion, par exemple si je veux parler d’un sujet particulier et
alerter les gens, mais je fais très attention parce que je veux que les gens se
fassent leur propre opinion, aient leur propre vision des choses.
SL : Au lieu de tout leur raconter ?
MH : Ouais ! Je ne veux pas dire au gens « vous devriez faire ci, faire ça. »
SL : Pourquoi ?
MH : Parce que je n’élève pas mes enfants dans cet esprit. Je veux qu’ils
découvrent les choses d’eux-mêmes, mais je peux leur préparer le terrain. Je
parle des enfants maintenant. C’est ce que doivent faire les parents. On apprend
rien de bon si on ne le fait pas soi-même. C’est la même chose pour moi. Le fait
de découvrir les choses tout seul vous fait avancer, c’est le plus important.
C’est le rôle d’un artiste, dans l’art ou la musique à un niveau plus
avancé.Vous n’êtes qu’un moyen dont le processus dépend de l’ouverture d’esprit
des gens, mais si vous apprenez ce que l’artiste peut faire prendre conscience
aux gens de leurs sens, ils deviendront alors des êtres humains d’une certaine
manière, plus vifs, plus conscients de leur environnement, et qui sauront mieux
discerner le bien du mal et dans tous les cas je ne crois pas détenir la vérité
en ce qui concerne le bien et le mal. Je pense que c’est une image flottante qui
change tout le temps mais dont certains paramètres ne changent pas. Je
m’intéresse autant aux questions qu’aux réponses. Je crois que les questions
sont vitales et que si nous apprenions à mieux les poser, nous en sortirions
grandis. On pense trop aux réponses et nous voulons des réponses sans écouter
les questions. Nous achetons des réponses. Les réponses sont justes des choses
pratiques. Une manière pratique de résoudre des problème, mais elles ne sont pas
nécessairement vraies même si elles représentent ce qui fonctionne à un moment
donné. Mais si vous ne reposez pas cette question une prochaine fois, vous
pouvez échouer. Je crois que les réponses sont comme des photos, elles
correspondent à la réalité au moment où elles sont prises mais un instant plus
tard tout à légèrement changé donc vous avez besoin d’en reprendre une, ce qui
veut dire faire une mise au point pour voir où les choses se situent maintenant.
C’est comme ça que la vie fonctionne et que nous sommes vivants. Les réponses
sont dangereuses pour moi, vraiment ! Plus que vous ne pouvez l’imaginer. De
même, pour les Chrétiens, les réponses sont dangereuses.
SL : Laissez moi vous poser une question. Vous avez beaucoup voyagé et joué
devant plein de gens, de différentes races, mais votre cœur est le même, je
suppose. Pouvez-vous dire ce dont les gens, le public, les jeunes ont besoin en
terme de musique aujourd’hui ?
MH : La jeunesse, les jeunes ? On a pas plus pensé aux jeunes qu’aux autres. On
ne cherche pas à établir un rapport entre les deux.
SL : OK, alors parlons plutôt de « gens ». De quoi on t’il besoin en terme de
musique aujourd’hui ?
MH : Ils ont besoin de choses qui sont vraies pour eux, c’est le plus important,
ce qui est vrai. La musique parle aux gens de tout âge et évidemment de toutes
les races, donc je pense qu’aujourd’hui les gens veulent des choses vraies.
SL : Je suis sûre que vous avez beaucoup changé depuis le début de votre
carrière au sein de a-ha.
MH : Je ne sais pas, j’en suis pas sûr.
SL : peut être pas changé mais appris ?
MH : Oh oui, j’ai beaucoup appris.
SL : Peut être avez-vous appris à mieux réagir face à certains événements. Votre
vie a au moins changé ?
MH : Elle a beaucoup changé avec le succès mais depuis les choses n’ont pas
beaucoup évolué. J’ai juste appris des choses, je suis plus, clair au sujet de
certaines choses, je prends des décisions plus fermement et plus durement, donc
j’arrête des choses plus tôt quand j’en ai besoin. Je sais mieux magouiller
maintenant. Mais j’ai toujours été franc et quand les choses n’étaient pas
justes j’ai dû les changer. J’ai fait des choix difficiles mais je n’ai jamais
évité les choses. C’est ainsi que cela doit être quelque part. Je n’ai pas
beaucoup changé en tant qu’homme.
SL : Mais certaines choses ont changé. Par exemple, vous êtes devenu père.
MH : Oh oui !
SL : Cela enrichit donc votre vie.
MH : Mais cela ne me change pas. Je ne ressens pas ça. J’apprends à connaître
mes enfants comme ils grandissent et je vois combien ils grandissent vite et
combien ils sont uniques. Ils sont tous très différents, ils ont leur propre
vie, et j’y joue un certain rôle, pas plus.
SL : Je sais que vous vous considérez comme leur guide.
MH : Je suis un exemple pour eux, bien sûr !
SL : mais vous voulez le meilleur pour eux, tous les parents veulent le meilleur
pour…
MH : Hummm…et le pire d’une certaine façon.
SL : Et le pire ? Afin qu’ils en tirent les leçons ?
MH : Oui, j’ai besoin de les préparer à la vie, ils peuvent en jouer et
apprendre à jouer en dépit des choses et aussi bien à causes des choses. Mais
cela veut dire que je dois les y conduire et je ne peux pas. C’est plus une
sorte d’équilibre. Mais par exemple : je peux leur dire comment se tenir à table
et ensuite leur dire le contraire de ce qu’ils doivent faire pour casser ça,
parce que si c’est une règle cela ne compte pas, comme une dictature, c’est
comment nous nous gérons. Cela ne veut pas dire que vous allez faire le
contraire. C’est possible de faire ça et c’est légal de le faire mais vous devez
apprendre quand le faire et si c’est bien de le faire et si c’est bien de
rejeter tout le monde en faisant ce qui… je suis blessé dans un sens.
SL : Je pense aux enfants en général. Vous devez pensez aux vôtres. Ils doivent
aimer écouter de la musique et ils grandiront avec une sorte de musique aussi,
que pensez-vous en tant que père du rôle des musiciens vis à vis du public ?
MH : La seule responsabilité que vous avez est d’être vrai dans ce que vous
faites et vis à vis de vous même. Que vous répondez à ce que vous pouvez faire
et ce qu’ils peuvent en retenir. Je n’ai pas la responsabilité de jouer quelque
chose qu’ils voudraient entendre de particulier. Ils ont besoin d’entendre
quelque chose de vrai peu importe ce que c’est. Nous devons être vrais, et si
c’est de la vraie musique haineuse, c’est aussi une expérience, mais il y a un
équilibre aussi. Je ne passe pas des morceaux de heavy metal à mes enfants parce
que cela ne m’intéresse pas, mais ils s’en passeront peut être quand ils auront
14 ans. J’sais pas, et on en parler ensuite si ils veulent en discuter, peut
être qu’on le fera, peut être pas. Ils ont leur libre arbitre, leur liberté de
penser. Ils l’ont toujours eu. Tous les enfants l’ont. Tous les gens l’ont, peu
importe qui est votre père ou votre mère, et que ‘lun d’entre eux soit dangereux
ou stupide et qu’ils ne comprennent pas et essayent de contrôler ça au delà de
ce fait, et cela fait évidemment beaucoup de mal, parce que les gens ne doivent
pas être freinés, On peut avoir besoin d’une vie entière pour briser ces
chaînes. Ils réagissent tellement à tout ce que vous pouvez leur montrer si ils
croient ou voient que vous les aimez. Vous pouvez être sévère avec eux, bien
sûr, et même au delà de la légalité d’aujourd’hui, parce que dans la société
actuelle et tout ce qui ce passe, vous ne pouvez pas toucher les enfants, leur
donner une fessée, ce qui à mon sens n’est pas bien. Mais si vous avez une loi
comme ça et bien vous devez penser qu’il est légal de donner une fessée et
ensuite d’être abusé par une mauvaise mentalité, la seule façon d’arrêter tout
ça est de le rendre illégal. En fait je ne les gifle pas car je n’en ai pas
besoin. Vous pouvez les gifler avec votre voix.
SL : Avez-vous eu des problèmes d’orgueil ?
MH : Non, pas du tout, parce que je suis honnête dans mon cœur, c’est pour ça
que l’orgueil ne me domine pas.
SL : Parlez moi de votre musique, de votre carrière solo. Etes-vous content des
résultats, de ce que vous faites, de ce que vous avez fait ? Je veux dire sans
le groupe ?
MH : Oh ouais, ouais, ouais ! Je n’ai jamais eu de meilleur moment qu’après a-ha.
Ca n’est pas comparable, mes expériences depuis 1993 m’ont apporté bien plus
qu’avec a-ha, mais on prépare un nouvel album avec le groupe. On en est au
milieu maintenant et c’est une nouvelle période très enrichissante pour le
groupe. Ca peut devenir très intéressant. Je n’ai jamais écrit de musique pour
a-ha. C’était toujours Paul et Mags qui le faisaient la plupart du temps. J’en
ai fait peu mais cela ne m’attirait pas spécialement. Au contraire, j’avais
besoin d’attendre car j’aurais composé pour de mauvaises raisons, juste pour la
gloire, ce que je ne voulais pas, donc j’ai attendu. Ca a un rapport avec
l’honnêteté dont je parlais il y a peu.
SL : Vous aviez peut-être besoin d’en dire plus ?
MH : Donc en 1993 tout a changé quand j’ai fait une mise au point personnele, je
me suis débarrassé de tout ce que j’avais en moi d’une certaine manière. J’ai
démarré de rien, commencé à penser. De 1991 à 1993 j’ai fait sortir des choses,
je me suis débarrassé des choses qui me semblaient inutiles. J’ai dû me
débarrasser de tout ce que je pensais inutile, ce fût très difficile.
SL : Comme une crise ?
MH : Ce n’est pas vraiment une crise au sens strict du terme mais je l’ai fait
volontairement parce que j’avais compris que j’étais bloqué et que je ne pouvais
pas aller plus loin et que je n’étais pas là où j’étais supposé être, que ce
soit avec a-ha ou tout seul ou n’importe où. Je n’étais pas dans le vrai (il
fait une pause de 17 secondes pour réfléchir) j’étais dans le faux, je t’étais
pas l’outil que je pensais être, donc j’ai du me débarrasser de certaines
choses.
SL : Laissez-moi vous poser une question. Est-ce que Dieu a joué une rôle
important dans cela ?
MH : Non, il n’a rien dirigé. Pas comme cela. Je suis comme je suis et on m’a
donné ce dont j’avais besoin pour y voir clair, et j’ai vu ça à cette époque et
j’ai compris que cela devait changer, je devais changer profondément parce que
je contrôlais trop bien les choses. J’avais l’habitude de contrôler, je pouvais
contrôler tout ce que je voulais d’une certaine manière. Et je n’étais pas…
(Interrompu par mon ami qui descend des escalier dans la zone non- fumeur où
nous sommes installés pour discuter. Il vient me dire qu’il m’attendrait en haut
si j’avais besoin de plus de temps pour l’interview. Il est environ 19h. Morten
répond.)
Ouais ! On a pris du temps ! (rires)
(Mon ami me dit de profiter de chaque minute avec lui. Ils discutent ensemble en
norvégien pendant quelques secondes et je ne comprends rien de ce qu’ils peuvent
se raconter. Mon ami me demande si j’ai un exemplaire de mon magazine pour le
donner à Morten. Je lui dit que j’en ai un alors il s’en va.)
SL : Dieu a-t-il joué un rôle ?
MH : Oui, j’avais besoin ou je devais m’ouvrir complètement pour que les choses
viennent et je contrôlais tout. Je pouvais contrôler tout ce que je voulais.
J’étais très intelligent et très doué naturellement pour cela donc c’était très
facile pour moi et c’était mon plus gros problème parce que j’avais besoin de
mon intuition et de mon instinct pour m’ouvrir et je devais me débarrasser de
mon côté cérébral qui me servait à tout contrôler. Ca a duré un an et demi je
pense et ce fut difficile. Et quand j’en suis sorti, ce fut vraiment difficile.
Vous faites tout sortir absolument tout. Tout ! Même la foi. La religion, tout !
(il fait en même temps le son de quelqu’un qui jette quelque chose en l’air)
Dehors. La famille, tout le monde, et ça prend du temps.
SL : Et qu’avez-vous obtenu ?
MH : Ensuite, vous garderez tout ce qui est vrai.
SL : Donc votre foi est vraie pour vous ou non ?
MH : Elle est vraie.
SL : Je veux dire, je pense que le mot « religion » est devenu une étiquette,
mais je préfère parler de relation personnelle avec Dieu. L’avez-vous jeté aussi
?
MH : Ouais, je le devais. Parce que cela devait être ainsi, c’était dans le
processus et je devais tout vider et ensuite voir ce qui me restait, ce qui
avait survécu. Et tout ce qui était vrai me servirait de base pour le reste de
ma vie.
SL : Que représente Dieu pour vous aujourd’hui ?
MH : Je ne peux pas répondre parce que…
SL : Est-il en train de devenir « quelque chose » ou… ?
MH : C’est une force. Vous savez, « Seigneur, quel est ton nom ? » peu importe
son nom, mais je me réfère à ça, c’est là. Il y a une chanson, à propos de ça
dans mon album solo « Wild Seed ».
SL : Oui, je la connais.
MH : Ah bon ?
SL : Oui.
MH : C’est simple, basique, et ça va droit au but. Tout est là. Ca ne s’en va
pas si j’y tourne le dos ou, vous savez, c’est partout. Pour moi c’est (il
réfléchit 10 secondes) bien, je ne sais pas où commencer si nous discutons. Ca a
un lien avec tout. Nous savons maintenant en sciences que quand vous cassez
quelque chose en les plus petites particules possibles, il n’y a rien, tout
redevient néant, au-delà de toute exagération. Vous partez des matières « vous,
moi et cette table » et tout à coup, à un moment donné, tout cela devient le
néant et il n’y a plus de matière. Ce sont juste des vibrations d’énergie et
cette énergie devient de la lumière, des sons ou de la matière. Donc au-delà
d’un certain point il n’y a plus de monde physique, d’une certaine manière. Il y
a beaucoup de signes dans cette discussion. J’ai toujours pensé que le temps
était quelque chose de faux. Je n’ai pas confiance dans le temps parce que c’est
quelque chose de faux, le temps appartient au monde physique. Nous le savons
parce que le temps est affecté par la vitesse. Donc il appartient à ce monde.
SL : Parlons à présent de ce nouvel album que vous préparez avec a-ha, car c’est
aussi important…
MH : Bien sûr.
SL : Dites-moi quelque chose sur ce nouvel album.
MH : Parce que c’est (il s’arrête) Je ne parle jamais d’un album avant qu’il ne
soit fini, tout ce que je peux dire c’est qu’il est intéressant.
SL : Ok donc dites-moi ce que vous pouvez dire. Je peux prendre des photos ?
MH : Ouais, ouais (pendant que je prends des photos) C’est très stimulant, je
n’attendais rien de particulier, je ne savais pas si c’était bien de faire un
nouvel album avant que l’on se revoit. On nous avait demandé de participer à la
cérémonie du Prix Nobel de la Paix.
SL : Oui, j’ai vu la vidéo.
MH : C’était un peu le point de départ. On a eu le besoin de faire de nouveaux
titres. On a eu une longue séparation, presque définitive, mais ça nous a semblé
naturel de refaire quelque chose ensemble.
SL : Après tant d’années ?
MH : Après tant d’années ou toutes ces années, ça aurait pu être 10 ans. Ca ne
pouvait pas être moins, je pense, car nous avions tous besoin de faire des
choses et de nous sortir du groupe et du passé. Et de nous débarrasser du
superflu. Nous avions besoin d’être libres et d’être seuls à nouveau et c’est
très amusant. C’est album est très amusant. Très bonnes chansons. Ca sera un
album très fort.
SL : Vous écrivez des chansons pour cet album aussi, n’est ce pas ?
MH : Pas encore, nous ne savons pas. Pour commencer, nous avons débuté par les
chansons que Paul et Mags avaient. Ils ont aussi écrit de nouvelles chansons et
ensuite on verra (il baille fortement). C’est en constante évolution.
SL : Et je pense que vous y prenez du plaisir ?
MH : Oui, oui. Croyez-moi, je n’aurais pas fait cet album si je ne le sentais
pas, si je ne pensais pas que c’était bien.
SL : Qu’attendez-vous de cet album ?
MH : Mes attentes ont été récompensées. Nous voulions faire un album qui était
vrai. Ca doit être un album fort, mais il l’est déjà. Ca n’a rien à voir avec ce
qu’on a fait dans les années 80. Rien à voir avec ce qu’il se passe maintenant.
C’est juste quelques chansons, il tient la route tout seul, il ne correspond à
aucun autre album.
SL : Quand sortira t’il ?
MH : Bientôt
SL : Bientôt ?
MH : je veux dire cet automne.
SL : Cet automne ?C’est génial !
MH : Parce que nous n’avons pas de temps à gaspiller, nous avons besoin de le
faire maintenant.
SL : Donc a-ha sortira un album cet automne ?
MH : Oui, à l’automne, certainement en Scandinavie pour commencer et ensuite
après Noël, mais ce ne sont que des spéculations.
SL : Avec quelle maison de disques ?
MH : Nous ne savons pas encore car nous avons commencé les négociations avec
différentes maisons de disques et je ne peux rien dire encore, même si je le
savais. Il y a, néanmoins, beaucoup d’intérêts en jeu
SL : Vraiment ? (Sait il que l’on crève tous de l’entendre ?????????????? Le peu
que j’en sais ça sera la Warner ah ah !)
MH : Oh oui, beaucoup.
SL : Donc il semble que cela sera un album intéressant.
MH : Je crois et je sais que ça sera un album fort. Et le mien le sera aussi. Je
suis très impatient aussi. J’ai beaucoup de chansons, tellement depuis que j’ai
sorti l’album « Wild seed », mais j’ai besoin de travailler avec le producteur,
ce que je n’ai pas encore fait. C’est ce qui va se passer ensuite, mais j’ai
besoin de trouver les bonnes personnes.
(Je termine mon interview en arrêtant mon dictaphone. Nous parlons un instant
après. Et son comportement change d’un seul coup. Oui, il était gentil et
coopératif tout au long de l’interview, mais à ce moment là il n’est plus
l’artiste parlant à une journaliste, mais un homme qui parle avec son cœur. Il
me donne même le nom botanique de certaines orchydées dont j’ai pris des photos
lors de mon voyage à San Miguel de Allende à Mexico. Finalement il me prête son
portable pour que j’appelle un ami au Parlement, et me demande si je pourrai m’y
rendre facilement. Ce qui est le cas. Il me présente à Ole Sverre Olsen et on se
dit au revoir. Il me donne cette accolade bizarre et typiquement norvégienne.
C’est comme l’accolade mexicaine sans le baiser sur la joue, on se touche juste
les joues pendant un instant. Quelle culture bizarre ils ont !)
