Traduire ou
résumer cette biographie officielle est quasi impossible. Mais je ne pouvais pas
ne pas en dire quelques mots après une lecture intensive et passionnante. Ce
site est dédié à Morten Harket, je parlerai donc principalement de lui, et de
son implication dans a-ha depuis 20 ans.
Jan Omdahl,
l’auteur de la biographie, commence le chapitre consacré à Morten par une
citation de Groucho Marx des Marx Brothers, qui semble assez juste pour Morten
« Cite moi en disant que je suis mal compris et interprété ». J’ai voulu la
reprendre pour la page d’accueil du site parce que c’est exactement ce que j’ai
ressenti de l’image qu’on avait de Morten depuis longtemps. Morten a toujours
été pris pour ce qu’il n’était pas, à savoir un chanteur sans cervelle, une
icône pour les jeunes, une pop star, comme s’il n’était là que pour parader. Je
sais que c’est faux, je l’ai toujours su et ce livre me conforte dans cette
idée. Il déclare d’ailleurs qu’il a beaucoup souffert de cette image malgré ce
que l’on peut croire parce que ça ne lui ressemble pas et son ambition au départ
n’était pas de jouer les top models. Il était convaincu depuis l’enfance qu’il
deviendrait quelqu’un de connu mais pas dans ce sens là…On peut effectivement le
prendre pour un mégalomane, mais d’après lui, il aurait pu être aussi bien un
danseur de ballet ou un sculpteur, il sait qu’il a les capacités d’être à la
hauteur même s’il n’a jamais eu l’occasion de le prouver aux autres….soit ….mais
on ne vit pas que par ses propres convictions non plus…et même si on le trouve
ridicule ou prétentieux, il dit en avoir rien à faire parce que il « Sait »….et
cela lui suffit. A l’entendre, on pourrait croire que Morten est le contraire de
quelqu’un de humble et d’ouvert. Pourtant, toute l’ambiguïté est là puisqu’il
sait également qu’il est là pour aider les autres, en tout cas, les mettre sur
la voie. Ensuite c’est à chacun de comprendre son Moi profond pour pouvoir
avancer dans la vie. Si Morten montre un intérêt à discuter avec quelqu’un, il
peut effectivement se retrouver à discuter avec cette personne pendant de
longues heures…Morten déteste ce qu’il appelle en anglais les « yes-people »,
c'est-à-dire, les gens qui ne font que l’affirmer. Morten cherche le conflit, la
confrontation avec l’autre et il sera d’autant plus content si quelqu’un fait
tout pour démolir ses arguments…malgré qu’il soit très fort à ce jeu là,
puisqu’il ne mettra pas un point final à la conversation tant qu’il n’aura pas
eu le dernier mot.
Dans ce
chapitre, l’entourage de Morten le décrit comme un quelqu’un d’effectivement à
part, difficile à suivre et à comprendre. Tout le monde le décrit comme
quelqu’un de généreux avec les autres mais éternel insatisfait et trop exigent
avec lui-même, notamment en ce qui concerne sa voix. Bizarrement, encore
aujourd’hui, il manque de confiance en lui sur scène…ce qui explique qu’il a
toujours besoin de chanter avec une oreillette connectée avec l’ingénieur du son
qui lui règle le retour de sa propre voix. Morten a en effet besoin d’entendre
sa voix assez fort dans ses oreilles pour avoir une totale confiance en lui sur
scène. Mais du coup, il devient complètement centré sur lui-même et on sent bien
qu’il manque une symbiose sur scène avec Paul et Magne. C’est dommage…
En dehors de la
scène, Morten est décrit comme étant très sûr de lui, arrogant, distant et
égocentrique..mais en même temps tellement profond dans chaque discours qu’il
tient, dans chaque phrase, dans chaque projet qu’il entreprend. Morten le dit
lui-même, toute sa vie est gouvernée par les détails des choses. Pour lui, une
graine est aussi importante que la plante donc il va s’intéresser aux moindres
petits détails de la vie...ce qui est souvent contraignant pour lui et pour les
autres parce qu’il entreprend tellement de projets en même temps et toujours
donc dans le détail, qu’il ne se rend pas toujours compte qu’il prend du retard
et qu’il ne peut pas toujours finir ce qu’il a entrepris….Morten est incapable
de gérer son temps et de s’occuper des tâches quotidiennes et matérielles. Ce
n’est pas dans sa nature et pour lui, le véritable intérêt est ailleurs…Morten
est quelque part un enfant, complètement dépendant des autres, en ce qui
concerne la vie pratique…Personnellement j’ai toujours dit que je ne pourrais
pas vivre avec lui ! Je l’adore tel qu’il est mais le supporter au quotidien
doit être très difficile. Je pense qu’il ne faut pas une femme trop dominante
pour Morten sinon ça doit se terminer en conflits perpétuels ! D’un autre côté,
il a raison, il faut être ouvert à tout et être sans cesse en alerte et curieux
de la vie qui nous entoure. Morten semble tellement « à l’Ouest », comme s’il
venait d’ailleurs, comme un envoyé du ciel qui est convaincu qu’il a un rôle de
médiateur à jouer sur terre à travers la musique et le chant mais aussi dans la
vie de tous les jours. Aujourd’hui, il se sent davantage un parolier qu’un
simple chanteur. Morten a sans cesse besoin de créer et de se remettre en
question. Et la musique n’occupe pas toujours non plus la principale place dans
sa vie puisque la nature tient toujours une place très importante dans son cœur.
Il continue à cultiver toutes sortes d’orchidées rares rapportés des pays
tropicaux, il possède également plusieurs énorme aquariums avec toutes sortes de
poissons exotiques. De toutes façons, Morten s’implique à 200% dans tout ce
qu’il entreprend, donc tout ceci lui prend du temps…
Mais parlons
maintenant de sa vie avec a-ha et de son implication dans le groupe. La même
chose, je ne peux pas traduire mot à mot tous les chapitres relatifs au groupe
mais j’ai souligné certains passages qui me paraissent importants.
Tout d’abord,
tous les « vrais » fans de a-ha ne sont pas sans ignorer que a-ha n’est pas un
groupe banal. Ils n’ont jamais été un « boysband » malgré l’étiquette des
médias….l’ambiance du groupe est beaucoup plus compliquée qu’un simple groupe
fondé pour faire des hits et parader. A-ha c’est d’abord une histoire de fierté
personnelle, de jalousie interne, de méfiance envers les autres membres et
d’immaturité aussi quelque part quand il s’agit d’affronter les vraies
rancoeurs. Ils ont trop l’habitude de détruire la créativité de l’autre pour
leur propre intérêt personnel.
Evidemment, je
n’ai qu’un avis externe, un avis de « fan » si on peut dire puisque j’ai suivi
le groupe depuis le début de mon adolescence et qu’avant de pouvoir comprendre
la psychologie du groupe, je suis aussi passée, comme beaucoup de fans, par la
phase « groupie ». Le livre de Jan Omdahl est intéressant dans le sens où il ne
raconte pas l’histoire chronologique du groupe a-ha mais qu’il essaie de rentrer
dans son univers profond, depuis leurs tous débuts jusqu’à aujourd’hui, en fin
2004. Certains déclarent, et je serais assez d’accord avec eux, pour dire que
cette biographie officielle pourrait être comme une thérapie de groupe puisque
chacun des membres est censé avoir lu le livre. A l’heure où j’écris, je pense
que chacun a dû déjà passer à autre chose. Maintenant c’est à nous de réagir
face à cette biographie. Et je suis convaincue qu’on a notre mot à dire, et pas
des moindres. A-ha vit grâce à nous, ne l’oublions pas.
A-ha véhicule,
depuis 20 ans, une énergie positive et en même temps négative pour les 3 membres
du groupe. Comme Morten le dit, a-ha ce sont 3 leaders qui veulent affirmer leur
point de vue par rapport aux 2 autres. Que ce soit les rapports entre Paul et
Mags, entre Morten et Paul ou entre Mags et Morten, le groupe passe par
différentes phases de conflits et en même temps des phases très créatrices qui
donnent des chansons magnifiques et pleine d’émotions…donc des classiques du
groupe, comme « Stay on these Roads », « Manhattan Skyline », ou encore « Lifelines »,
ou « The Swing of things ». Pendant très longtemps, Magne avait tellement
d’admiration pour Paul qu’il se sous-estimait en tant qu’artiste. Il n’arrivait
jamais à présenter une chanson finie à Paul, qui, par conséquent finissait
toujours les essais de Magne. Plus tard, Magne a joué le même rôle que Paul mais
avec Morten. Aujourd’hui, il paraîtrait que Paul ait envie de travailler avec
Morten tandis que Magne se préoccupe davantage de ses projets solo. Mais Morten,
Paul et Mags sont en plus conscients tous les 3 qu’ils ne peuvent pas se passer
des uns et des autres malgré tout ce qui les sépare. Ce sont comme 3 frères ou 3
énergies qui s’opposent et qui pourtant reviennent indéfiniment les unes vers
les autres et qui s’attirent. Nous, les fans, en sommes totalement conscients,
mais eux aussi, ils savent pertinemment que a-ha sans un des membres du groupe
n’est plus a-ha. Remplacer un membre du groupe semble impensable. C’est donc
normal qu’en 20 ans, ils aient connu plusieurs phases, allant de l’euphorie du
début à une période où chacun avait besoin de retrouver sa propre personnalité
profonde, jusqu’à la « réunification » en 2000.
Au début des
années 80, ils ont été façonnés de A à Z sans broncher parce qu’ils pensaient
bien faire en ne disant rien et en écoutant les gens du métier. Ensuite, après
10 ans de collaboration étroite avec leur manager et leur « père spirituel »,
Terry Slater, ils se sont rebellés comme le décrit Magne et ont voulu aller à
l’opposé de ce qu’ils faisaient jusqu’à présent. Cela a donné « Memorial Beach »
et le succès n’était plus au rendez vous…malgré qu’ils affirment que la machine
à hits n’était plus leur ambition, leur fierté et leur orgueil en ont pris un
sacré coup au milieu des années 90.
Visiblement, le
problème majeur du groupe, encore aujourd’hui, c’est qu’ils rêvent de créer,
ensemble, leur plus bel album, celui qui leur ressemblera vraiment et qui sera
capable de toucher les gens profondément. Ce disque, ils n’ont pas réussi à le
faire depuis 20 ans et heureusement pour nous, ils y croient encore. Mais leur
fierté les empêche de se mettre vraiment au travail tous les 3, en oubliant les
défauts et les rancoeurs des autres. Aujourd’hui, en tant que 3 artistes à part
entière, ils composent chacun de leur côté et en arrivent même à enregistrer un
album sans même se voir !! cela a été le cas pour « Lifelines » et ça a choqué
beaucoup de fans, y compris moi. Le résultat était pas mal mais comment bien
écouter un album quand on sait qu’il n’a pas été fait ensemble…C’est un peu
comme mentir aux gens, leur montrer une façade, une illusion…Sverre Flatby, leur
conseiller financier, a même déclaré dans le livre qu’il confirmait que a-ha
n’était qu’une idée, un concept, un groupe virtuel …je peux vous dire que ça
choque de lire ça quand on adore ce groupe depuis des années…Il cite une petite
anecdote qui est vraiment révélatrice : Pendant l’enregistrement de l’album « Lifelines »,
Paul voulait que Morten soit au studio avec lui pour des essais de voix. Morten
a tout d’abord déclaré qu’il avait des priorités plus importantes. Il est quand
même arrivé au studio avec 2h de retard et a fait ses essais de voix sans même
être dans la même pièce que Paul ! ils étaient dans le même bâtiment et n’ont
pas été capables d’aller se dire bonjour cordialement !
Mais la plupart
d’entre nous ne sont pas dupes. Alors pourquoi restons-nous fidèles ?
Personnellement je n’arrive toujours pas à répondre franchement à cette
question…c’est certainement un mélange de nostalgie, de mélancolie, d’émotions
avec des chansons qui nous donnent des frissons depuis 20 ans. Je ne sais pas
pourquoi mais a-ha restera pour moi, le seul groupe où je suis capable d’écouter
10 000 fois la même chanson depuis 20 ans sans m’en lasser une seule seconde.
C’est aussi le seul groupe qui est capable de me faire pleurer en 2 secondes dès
que j’entends les premières notes d’une de leurs chansons. Bien sûr, Morten y
est pour beaucoup, dans mon cas, en tout cas, mais je suis aussi attachée à Paul
et Magne, d’une manière différente.
Autre sujet
abordé dans le livre : la scène. Jan Omdhal écrit très justement qu’il y a une
énorme différence entre l’image que vient chercher les fans en venant voir jouer
le groupe sur scène et ce que le groupe dégage vraiment. Personnellement, j’ai
une petite histoire à raconter que j’ai vécue et qui m’avait véritablement marquée. Pour le
grand retour sur scène du groupe en France après 11 ans d’absence, nous avions
décidé, quelques fans et moi, de leur préparer une surprise. Nous en avions
discuté longtemps à l’avance et nous étions tombés d’accord pour interrompre le
concert et leur chanter une chanson de leur répertoire, au milieu du concert,
sans que ce soit préparé. Je m’étais donné les moyens pour préparer cette
surprise….Choix de la chanson (And you tell me), discuter du bon moment pour
interrompre le concert, impression de flyers pour toute la salle, distribution
des flyers le jour du concert à l’entrée de la salle de concert…Nous avons
réussi. Toute la salle a bel et bien chanté « and you tell me » à la plus
grande surprise du groupe. Et ma plus grosse déception a été que le groupe n’a
absolument pas su réagir !! Je n’ai senti aucune spontanéité de leur part, comme
par exemple essayer de nous suivre avec les instruments. Ils ont à peine
remercié le public et ont enchaîné le concert presque comme si de rien
n’était !! j’étais abasourdie. On a toujours dit que le public français était un des
meilleurs du monde et je crois qu’on l’a encore prouvé ce soir là, et a-ha n’a
pas su être à la hauteur de nos attentes…Même un artiste français reconnu était
dans la salle ce soir là (Pascal Obispo). Il a dû être également surpris du
manque de retour de la part du groupe. Mais pour en revenir à la biographie,
tout l’entourage du groupe affirme qu’ils sont de toutes façons incapables de
faire des compliments et remercier l’équipe quand il le faut. Pour eux c’est
peut-être évident mais ils ne savent pas le dire. C’est bien dommage parce que
tout travail a besoin d’être reconnu…oralement. Morten avoue effectivement
qu’ils ne savent pas communiquer. Les norvégiens ne savent pas comment jouer de
leur image. Ils sont de piètres divertisseurs. Sur scène, on ne peut pas dire
que a-ha soit un groupe vraiment divertissant. Point de vue mise en scène, il y
a beaucoup mieux sur le marché. Ce n’est pas moi qui le dis mais l’auteur…Jan
raconte l’exemple qui l’a le plus marqué en ce qui concerne l’ambiance du groupe
sur scène. A Moscou en novembre 2003, on aurait dit que le groupe a profité de
cette immense scène pour être le plus loin possible des uns des autres. Aucune
chaleur et aucune complicité ne se dégageait ce soir-là. Même moi qui étais sur
place, ça a été un de mes pires concerts de a-ha en 20 ans. Et ce n’est pas la
seule raison. L’autre raison était le prix incroyablement élevé des tickets de
concert. Pas moins de 150 euros environ pour avoir la chance d’être dans les
premiers rangs !! ce qu’ils appellent en Russie, le carré VIP, c’est-à-dire que
seule une certaine catégorie de gens bien lotis et évidemment pas des fans,
peuvent se permettrent de se payer de telles places de concert. Nous pouvions
voir dans les premiers rangs de hauts industriels et leurs femmes en manteau de
fourrure, des journalistes, toutes sortes de gens (pas forcément de l’âge de la
plupart des fans). Avec mes 2 copines, nous ne pouvions pas nous permettre et ne
voulions pas dépenser une telle somme ! Nous nous sommes donc retrouvées dans
les gradins, loin de la scène, assises, sans oser se lever pour chanter et
passer un bon moment comme la plupart des concerts de a-ha en Europe !
Brian Lane
déclare à ce sujet que les tournées en Russie sont de toutes façons une histoire
d’argent mais qu’ils ne sont pas là non plus pour changer le système. J’étais
néanmoins contente d’être en Russie mais j’ai vraiment été scandalisée par le
système et le fait que le groupe y adhère. Parce que n’oublions pas que ce sont
eux les grands gagnants étant donné qu’ils ont pu gagner un maximum d’argent
avec ces tickets de concert hors de prix. Heureusement que Morten est quand même
capable de dire dans le livre qu’il reconnaît que l’argent est aléatoire et
qu’ils peuvent gagner en 2 jours ce que la plupart d’entre nous gagnons en un
an ! ça fait du bien de l’entendre !
Pour conclure,
tous les professionnels qui ont entouré le groupe, comme Terry Slater et qui
l’entoure aujourd’hui comme Brian Lane ou Sven Person leur ingénieur du son, ont
déclaré que a-ha aurait pu obtenir une bien plus grande renommée, et devenir un
Genesis, ou un U2 ou autre groupe vraiment pris au sérieux mais ils n’ont pas su
vraiment canaliser leurs dons et se sont dispersés au lieu de ça. Il leur reste
encore beaucoup de choses à prouver et moi, ça me donne encore plus d’énergie
pour les attendre et d’envie de croire encore en eux 3, ensemble, je précise
bien, ensemble.
Le dernier
chapitre de la biographie donne des news plutôt encourageantes à ce sujet. En
effet, le groupe a signé un tout nouveau contrat pour 3 nouveaux albums avec
Polydor Germany au lieu de WEA. Polydor Germany est une filiale du géant
Universal et est basé à Berlin. Le groupe déclare qu'ils prendront leur temps
pour enregistrer le prochain album, étant tous les 3 occupés avec leur carrière
solo. Donc patience patience ...a-ha est loin d'avoir épuisé toutes ses
ressources.
Donc pour finir,
ce livre m'a passionnée de A à Z. Certains fans ne cachent pas qu'ils sont déçus
par certaines facettes du groupe et de leurs membres. Certains fans ne veulent
rien voir, rien savoir, et ne veulent garder que le rêve. Je ne suis pas de cet
avis. A-ha, oui c'est du rêve, et du bonheur avant tout, mais on peut aimer
un groupe musical et s'intéresser également à sa dimension humaine. Chacun ses
réactions personnelles, mais a-ha ne sera jamais qu'un concept pour moi mais 3
entités, 3 hommes radicalement différents mais très attachants.
Marie Lagache